mes recensions

La soupe aux Crocodiles par Magali Cervantes

 

livre de Magali Cervantes
la soupe aux Crododiles

La soupe aux Crocodiles de Magali CERVANTES est parue chez BoD en juillet 2017. L’ouvrage compte 234 pages et est vendu au prix de 15 euros.

La couverture :

Ce livre m’a attirée par sa couverture. On dit que c’est un facteur important concernant la vente des livres mais c’est vrai ! Il s’agit d’une photo en noir et blanc, où l’on voit deux femmes qui marchent. L’une est de dos, l’une est de face. Elles se croisent sans se regarder… L’une est brune, l’autre est blonde. Celle qui est de face baisse la tête, l’on ne voit que peu son visage. Une impression de contraste et de mystère se dégage de cette image.

Le roman, la soupe aux Crocodiles :

J’ai lu avec un grand intérêt ce roman. Magali CERVANTES écrit depuis longtemps. C’est son deuxième livre mais j’ai eu le sentiment que ce roman était écrit comme si c’était le premier. C’est-à-dire que l’auteure met énormément de ce qu’elle est dans les deux personnalités des personnages principales : Myriam et Marjorie. Le style est descriptif et vivant. Tout au début, je me suis dit : « tiens, cela ressemble à ma manière de mettre en place mes personnages dans les nouvelles que j’écris 😉 ! « .

Deux femmes très différentes mais qui se rejoignent par l’accablement qui les gagne devant leurs difficultés qui sont comme les deux faces d’une même médaille. Le chômage et la solitude pour l’une et le burn-out et  la déprime pour l’autre.  Elles ont en commun des soucis financiers et le poids de la responsabilité d’être mère et de devoir aider leurs enfants qui, eux aussi, ont leurs lots de difficultés. Les enfants également semblent bien à la peine dans la société dépeinte par l’auteure.

Comme si, en décrivant ces deux personnages et leur vie parfois si lourde, l’auteure voulait nous faire prendre conscience de ce que subissent les femmes dans notre société occidentale. L’auteure se fait militante prônant la  lutte sociale, le respect de l’étranger etc. Les deux personnages, Myriam et Marjorie, sont décrites de telle manière que le lecteur(e) puisse comprendre ces thématiques chères à l’auteure. L’auteure veut convaincre. C’est une battante, une militante et ses personnages lui ressemblent. C’est surprenant et inédit pour moi dans mes lectures de fictions : mais pourquoi pas ?

Sur la forme :

Quelques règles typographiques ou manière de présenter à revoir : virgules oubliées pour les dialogues ou majuscules en trop. Par contre, pas de fautes d’orthographe, enfin tout en lisant rien ne m’a sauté aux yeux… Donc rien de grave et une personne qui n’écrit pas elle-même ne remarquera pas vraiment ces détails.

Pour revenir au fond :

Magali Cervantès montre dans son roman tous les travers d’une société moderne qui contraint énormément les individus. C’est la rançon du haut niveau de sécurité des pays dits « riches » par rapport aux sociétés traditionnelles. Les organisations, notamment du travail, mettent la productivité et la rentabilité  des personnes au centre épuisant certain(e)s et laissant d’autres dans l’inaction et l’inutilité sociale. Une société de plus en plus individualiste et productiviste, donc.  Après bien des souffrances morales, les deux héroïnes trouveront enfin l’apaisement. Et cela en se faisant une place qui leur convient dans cette société et en développant leurs talents propres.  Un message d’espoir  pour toutes les lectrices et les lecteurs qui intervient à la fin du roman. Elles trouvent leur salut dans des activités professionnelles « solitaires » finalement, qui les extraient de la pression sociale et du travail collectif tout en leur donnant une reconnaissance de ce qu’elles sont vraiment et dans ce qu’elles aiment. Mais je ne vous en dit pas plus car vous découvrirez par vous-même tout cela. 

Important : si vous avez aimé « la soupe aux crocodiles », il s’agit du tome 1, il y aura donc une suite, vous retrouverez vos héroïnes préférées bientôt donc 😉 !

Quand au titre, il a fait aussi partie de mon intérêt à choisir ce livre, il est intriguant ! Je vous laisse découvrir par vous-même à quoi il correspond en lisant vous-même le livre 😉 !

TÊTE D’AMPOULE ! par Laure Malaprade

 

 

TÊTE D'AMPOULE
Livre de Laure Malaprade

Je reprends, après un interruption de plusieurs mois, mes recensions de livres BoD. Aujourd’hui,  TÊTE D’AMPOULE ! de Laure MALAPRADE.

TÊTE D’AMPOULE ! est un petit livre au format poche de 90 pages publié chez BoD en Avril 2016. Il est vendu au prix de 6.99 euros. Il est accessible à partir de 10 ans.

Alors que Laure MALAPRADE  sort tout juste son troisième livre « Métro Plage Monge« , je me suis intéressée au premier, « TÊTE D’AMPOULE ! », refusant de lire  la moindre chronique ou commentaire pour me faire ma propre opinion et découvrir par moi-même ce petit roman. Cela faisait longtemps que j’avais envie de le lire… Le titre m’avait interpellé et amusé. En fait, je ne voyais pas trop à quoi faisait référence une « TÊTE d’AMPOULE ». Mais à la lecture du livre, on comprend tout !

Commençons par la forme pour une fois puisqu’en fait, il y a rien à dire : c’est tout à fait professionnel.

Sur le fond :

Ce petit volume, très vite lu par un adulte, présente un intérêt très fort aussi bien pour les adultes que pour les enfants : Pourquoi ?

Nous vivons dans ce récit, de l’intérieur, ce qui se passe dans la tête d’une enfant précoce, Julie. Le terme de « surdoué(e) » n’étant pas très approprié même s’il est très employé et compréhensible par tous. Qui dit « sur »doué(e) dit aussi « sous »doué(e). Hors, ce n’est pas du tout cela, c’est une forme de pensée et d’être différente. Laure Malaprade montre bien, par la voix de sa petite héroïne, ce que c’est que la « douance ». Les choses sont expliquées avec précision et en même temps dans un langage que même un enfant de 10 ans peut comprendre.

Nous suivons donc cette petite élève diagnostiquée« très en avance » . Elle va être amenée à suivre des cours avec des enfants plus âgés qu’elle. Sa manière propre d’être au monde, de penser, de ressentir les émotions, sa différence d’âge vont lui occasionner de sérieux problèmes avec les autres élèves. Ce qui est intéressant c’est de voir comment les adultes réagissent devant sa détresse, qu’elle finit par exprimer et aussi comment ils vont s’y prendre  avec  les enfants qui la harcèlent.

TÊTE D’AMPOULE !

Un livre « intelligent » que l’on devrait faire lire à tous les enfants/ados et leurs parents et qui peut ensuite donner lieu à des discussions plus larges sur la « différence« . Car si la « douance » est une différence, il y en a bien d’autres. Par exemple, différences physiques (poids, taille, couleur peau, cheveux, yeux, que sais-je ?)  mais aussi d’autres différences : autisme, dyslexie etc etc. Nous avons toutes et tous notre différence… Et c’est bien dès le plus jeune âge que l’on doit s’y confronter. De fait,  c’est à l’école primaire ou au collège que les adultes doivent sans relâche l’expliquer. Ne pas être tous pareils est une richesse incomparable, que serait un monde de clones rigoureusement identiques ? Qu’est-ce que l’on s’ennuierait !

En lisant ce livre de Laure, on a une vision très claire, synthétique et précise sur ce que vivent les personnes dont le QI (Coefficient Intellectuel) est plus élevé que la moyenne. De plus, l’on est happé par les péripéties vécues par Julie. C’est pourquoi, l’on ne s’ennuie pas une seule seconde et l’on a vraiment envie de continuer sa lecture jusqu’à la fin.

Je recommande la lecture de TÊTE D’AMPOULE ! en famille. Un petit livre qui nous explique tout sur les personnes dites à « haut potentiel ». Sa petite héroïne Julie, courageuse est en même temps terriblement efficace pour nous faire comprendre ce qui se passe réellement dans son cerveau et dans son coeur.

Mes Recensions : L’affaire Madeleine Vincente de Diane de Monteynard

Recension
L’affaire Madeleine Vincente

« L’Affaire Madeleine Vincente » de Diane de Monteynard est parue chez BoD en février 2017, 15 euros, 270 pages. Le sous-titre est « Voyage au cœur de l’abandon et du secret ».

Je découvre d’abord la couverture de « L’affaire Madeleine Vincente ». Elle présente la photo d’une enfant toute jeune tenant une grande poupée. L’enfant est adossée aux genoux d’une femme que l’on ne voit pas entièrement. Le regard de l’enfant semble déterminé et triste à la fois. En haut de la couverture on devine en sous-impression un tampon et des numéros administratifs.

La lecture du livre ne m’a pas pris longtemps car j’étais littéralement happée par le récit. Ce n’est pas un roman mais une biographie. Elle met en scène Diane de Monteynard, racontant sa vie qui a commencé par une adoption suite à une naissance « sous X » sous le nom de « Madeleine Vincente ». La quête de ses parents inconnus, surtout de sa mère est bien le but de l’auteure qui se livre et mène l’enquête. On ne sort pas indemne de cette lecture. On entre dans le livre avec beaucoup de respect pour cette vie douloureuse et belle à la fois. Diane nous fait le cadeau de nous confier ce qu’elle est et l’on a envie de garder cette histoire pour nous, comme si elle faisait de chacune et chacun de ses lecteurs un ou une confidente unique.

Ce livre est un écrin, l’écrin d’une vie, infiniment précieuse et singulière et en même temps il est une bouteille à la « mer » (à la « mère », en fait). Une femme peut-être, de plus de 62 ans maintenant, lira cet ouvrage et reconnaîtra l’enfant qu’elle a confié à l’adoption…
De courts chapitres présentent les différents épisodes de cette vie mouvementée : l’enfance et le détail de chacune des années auprès de Jeanne, sa mère adoptive, son phare et son ancre, sont évoqués avec précision. Cela montre que lorsque l’on souffre, lorsque l’on a une sensibilité très développée chacune des années de jeunesse est présente dans la mémoire avec les émotions ressenties intactes. Notamment pour Diane vis-à-vis de cette mère adoptive hors du commun et de ce père singulier. Beaucoup de changements dans cette enfance et cette adolescence. Changements de lieux, de milieu social mais aussi fluctuations des sentiments, des désirs et de l’adaptation intérieure en fonction des circonstances. Je n’en dis pas plus, vous découvrirez par vous-mêmes ce récit qui n’arien à envier à un roman à suspense.
Le style est à l’image de cette vie : un peu chaotique parfois, en mêlant différentes choses dans le même paragraphe ou avec certaines phrases que l’on doit relire un peu tellement elles sont denses, voir un peu curieuses. Diane nous montre ainsi sa personnalité si débordante. L’auteure écrit comme elle est. Cela renforce cette intimité avec elle pour le lecteur(e). On ne s’ennuie pas une seule seconde dans ce récit si prenant et plein de rebondissements.
L’intérêt également de ce récit captivant est de voir combien, à partir d’une blessure originelle profonde (l’abandon) et d’une jeunesse difficile, on peut construire et donner le meilleur tout en restant marquée par ce que l’on a vécu. Il faut apprendre à vivre avec. Une leçon de vie, un parcours initiatique où Diane nous entraîne avec sa puissance de vie étonnante.
Sur la forme ? (vous savez combien j’y suis attachée pour les livres autoédités 🙂 ! ) : rien à dire ! 🙂  tout est professionnel de la présentation à l’orthographe. Un des métiers de Diane n’y est pas pour rien:) !

Conclusion :

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce livre et je pense qu’il apportera à chacun un dialogue avec elle ou lui-même car souvent l’on peut être tenté de faire des allers-retours avec le récit et se dire : et moi aurais-je réagi de la sorte ? Ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne s’agit pas d’une biographie visant à se « contempler soi-même » comme il y a en tant mais bien un récit qui s’adresse à l’autre, tout tendu vers une introspection visant à « se donner » sans se reprendre. Il faut beaucoup de courage pour faire un tel ouvrage. Je remercie Diane pour le don précieux qu’elle nous fait d’elle-même à travers son livre. Et qui sait, peut-être tombera-t-il entre les mains de celle à qui il s’adresse de manière particulière, sa mère de naissance?
C’est tout le bonheur que je souhaite à Diane/Madeleine : vous pouvez la retrouver sur son blog : www/dianedemonteynard.com et sur facebook : https ://m.facebook.com/madeleinevincente/et partagez au maximum pour que sa quête ait le plus de chance de trouver un écho !

 

Mes Recensions : comme un Moineau de Céline Saint-Charle

Céline Saint-Charle

« Comme un moineau » de Céline Saint-Charle
 Une de mes recensions portait déjà sur une nouvelle de Céline Saint-Charle à Noël dernier. Céline écrit en effet beaucoup de nouvelles et les publie dans des recueils. Un a d’ailleurs été publié récemment (« Un repas prévu de longue date »). Mais, j’ai eu envie de découvrir son roman « Comme un moineau » publié chez BoD en mai 2015. Il fait 346 pages et coûte 15 euros.
La couverture de couleur noire montre une photo de banlieue avec des barres d’immeubles. Le titre se détache en jaune dans une police un peu déstructurée.
Alors en avant pour la lecture ! Âmes sensibles, qui changez de chaîne dès que vous voyez écrit « moins de 10 ans » sur l’écran, surtout ne l’ouvrez pas ! Je ne le conseillerai pas non plus à de jeunes ados, mais plutôt à de grandes jeunes car il décrit certaines scènes de violence très grandes.
Le livre est structuré avec un fil rouge : un voyage en bus qui revient de temps en temps. L’histoire se déroule sinon de façon chronologique. En tant que lectrice, je trouve que le roman serait très bien sans ce rappel de loin en loin du voyage en bus. Céline est obligée de mettre un sous-titre « aujourd’hui » pour nous rappeler que l’on revient au fil rouge. Le récit est suffisamment dense et plein de péripéties pour tenir en haleine les lecteurs ou lectrices sans ce procédé. Mais cela reste un avis personnel.
En ce qui concerne les personnages un caïd de banlieue et une jeune fille élevée dans un contexte très carencé affectivement. Leur histoire au sein d’une banlieue où « Ben » règne en maître est faite d’événements alternants « traschitude » complète et moments de grâce ou de vie ordinaire. C’est sur ce contraste que sont bâties ces personnalités très dissonantes. Le lien entre les deux personnages se révélera être la lecture, autre étrangeté.
Je n’ai pas forcément l’habitude de lire  et de faire mes recensions sur des romans si noirs et où la violence a une part aussi importante. Elle y relate des scènes extrêmes mais j’ai été captivé par le récit. J’ai lu le livre avec plaisir soutenue par l’intrigue bien construite. Céline a une écriture fluide qui s’attache aux détails. Elle remarque des petits faits : je trouve cela très plaisant. Son imagination, soutenue par des éléments de réalité qui « nous parlent » font un bon mélange. C’est, il me semble être sa marque de fabrique.

La forme :

Le style est fluide, homogène, le vocabulaire reste « en bon français » même si l’on est en banlieue et que l’on pourrait s’attendre à quelques mots d’argots ou de langage « jeune ». Cela me convient, je n’aime pas les livres où l’on doit déchiffrer des SMS écrits en phonétique. Où sous prétexte de « coller » au personnage, on passe son temps à lire des phrases en argot ou autre langage oral. Céline alterne de belles descriptions. C’est un autre point fort du style, avec d’autres éléments ce qui donne une écriture variée et agréable.
Les personnages évoluent, la narratrice et héroïne Judith se transforme au fil des mois, des années… Je ne veux pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Je vous recommande chaleureusement cette lecture. Un vrai roman bien construit, plein de surprises, même si l’on s’attend sans s’attendre à certains événements. Pourquoi « Comme un moineau » ? et bien vous verrez 🙂 !

 

Mes Recensions de Livres BoD : Katzen de Marc Anstett


KATZEN de Marc Anstett
KATZEN cela veut dire « Chats » en Allemand mais, rassurez-vous, Marc Anstett a bien écrit le livre en français !
La couverture est extrêmement sobre, toute blanche avec le titre en gris clair. Katzen a été publié chez BoD en avril 2016 au format poche, il compte 176 pages et coûte 14 euros.
Ce petit roman est très original, nous allons y venir… Mais pour le lire il va falloir faire le chat : rester bien sage, tranquille sans avoir envie de courir après une balle ou de jouer avec le vent… Non, vous installer, vous lover dans votre fauteuil préféré et ne plus en bouger…
Car l’originalité première de Katzen c’est que vous allez rester pratiquement pendant tout le roman dans un espace très limité : la maison. Vous irez jusqu’à l’appentis et la boîte aux lettres, c’est promis ! mais pas plus loin. Vous êtes à la frontière allemande, côté français dans un village perdu en compagnie d’un grand et vieux monsieur nommé Balthazar qui vit seul.
Alors que l’on enseigne aux écrivains en herbe qu’il faut maintenant un rebondissement à chaque page pour que le lecteur ou la lectrice reste accroché (e) à votre livre, Marc Anstett fait l’inverse… Une sorte de scène de théâtre où le personnage est seul et où il digresse à l’envi. Ce roman, c’est l’art de la digression en 170 pages. Ce n’est même pas une action au ralenti, non c’est un monologue intérieur. Au début, on s’attend à ce que l’histoire, enfin l’action se déroule rapidement : on l’attend mais, bien vite, on fait le chat car ce livre, c’est autre chose… On va découvrir la personnalité très improbable du héros, Balthazar qui vit reclusdans sa maison avec pour seule compagnie trois chats.
On va sauter de sa vie à lui, que l’on découvre au fur et à mesure, au récit d’événements sociaux et politiques en passant par des scènes complètement théâtrales où l’on voit littéralement le personnage effectué des mouvements, comme un ralenti.
Si vous aimez l’action rapide, Katzen n’est pas pour vous, vous allez piaffer à chaque page 🙂 ! Si vous abordez cette lecture en voulant savourer chaque page pour ce qu’elle est sans attendre autre chose, ce livre est fait pour vous.
Une petite réserve pour moi cependant sur le mélange des champs littéraires : on passe d’un récit historique à une scène de théâtre puis à un monologue psycho-philosophique ou familier avec une action réelle. Un manque d’harmonie même si c’est un tour de force d’écrire 170 pages comme cela et quand même dans un style tout à fait lisible.
Notons que sur la partie historique, Marc Anstett est très documenté, sur la partie théâtrale, les scènes sont réussies, et l’intrigue (car il y en a une bien sûr même si elle s’étire à l’infini) est bien choisie : mais fallait-il ce mélange un peu détonnant parfois ?
Ce qui m’a amusé c’est le nombre incroyable d’expressions du langage courant, genre : « mieux vaut être sourd que d’entre ça » (p. 15) « motus et bouche cousue » (p. 75) etc.. On a une expression qui concentre un langage familier, qui fait retrouver ces expressions populaires ou familières qui ne sont pour certaines plus trop usités. Les registres lexicaux sont très divers par ailleurs, accentuant le mélange décrit dans le paragraphe précédent.
Faut-il lire Katzen ?Assurément parce que ce petit ouvrage est incroyablement riche même si très hétéroclite, c’est ce qui fait son charme et son originalité. Chacun y trouvera son miel dans les registres qu’il ou elle aime.

Mes Recensions de Livres BoD : « Le sourire des coquelicots » de Catherine Kessler

Le sourire des coquelicots par [Kessler, Catherine]
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Le sourire des Coquelicots
« Le sourire des coquelicots » a été publié chez BoD en juin 2016 par Catherine Kessler. Il coûte 18 euros et est disponible aussi bien en librairie que sur internet. Le site www.le-sourire-des-coquelicots.frvous le présente.
Parmi les dizaines de livres qui sortent chez BoD chaque mois, on trouve des pépites, « Le sourire des coquelicots » en est une pour moi et je vais essayer de vous expliquer pourquoi.
Le titre est choisi avec soin et justesse « les coquelicots » symbolisant les « morts au combat » mais aussi la couleur du rouge à lèvres lumineux de cette mystérieuse jeune fille romantique au regard profond… La couverture des plus réussies est en parfaite correspondance avec l’histoire. Vous me direz, on apprend en quatrième de couverture que l’auteure est une professionnelle du photojournalisme !
Quant au récit en lui-même, il se révèle vraiment passionnant : il s’agit d’une histoire vraie romancée par l’auteure qui a comblé habilement les lacunes des archives et des souvenirs pour nous livrer l’histoire de sa famille durant la guerre de 1939-1945.
Usant d’un procédé littéraire très approprié, Catherine Kessler fait des allées-retours entre le passé et le présent au fil des pages et de ses découvertes. On imagine le lent et difficile travail de recherches mais aussi celui, aussi ardu et déstabilisant, du cœur et des émotions au cours de la découverte progressive des événements et de ce lourd secret de famille.
Le style sait s’adapter au récit, tantôt journalistique, tantôt classique ou plus lyriqueavec certaines descriptions de sentiments ou de lieux très littéraires. En tout cas, cette diversité est agréable et sert bien ce roman qui allie les événements tragiques de la guerre avec une saga familiale compliquée.
Catherine Kessler réussit le pari d’allier la rigueur historique avec le vécu émotionnel fort des personnages, ce n’était pas évident à réaliser…
Sur la forme, rien à dire à part certaines conventions de majuscules pour les incises non-respectées : ah ! Ces correcteurs orthographiques qui nous induisent en erreur ! Tous les auteurs en font l’expérience… ; quelques coquilles également, peu nombreuses. Somme toute, rien de bien dérangeant quand on est captivé par le récit en lui-même.
L’intérêt de cet ouvrage « le sourire des coquelicots » est double il me semble : on y plonge vraiment dans les ressorts de la guerre de 39-45, on a des éléments très factuels et d’autre part on vibre avec cette histoire familiale et le positionnement des membres de la famille en ces temps troublés. Cette famille cela aurait pu être la nôtre… On s’interroge inévitablement : qu’aurions-nous fait, nous, à leur place ?
Il m’est venu à l’idée que les jeunes qui étudient cet épisode si traumatisant de notre histoire en troisième mais aussi au lycée pourraient lire avec vraiment beaucoup de profit ce récit : plus encore qu’un film, il percevrait ainsi comment l’on vivait à l’époque et quels ont été les événements marquants. Comme un « docufiction » qui les plongerait dans un temps et dans une ambiance bien éloignés de leur quotidien… Occasion également de débattre sur des sujets évoqués dans le roman : la fidélité et l’amour de sa famille et de sa patrie et l’articulation des deux : que faire quand l’un contredisait l’autre ? Je vois déjà Catherine Kessler, invitée par les professeurs, débattre avec des élèves motivés par cette histoire tirée d’une saga familiale réelle…
Bref, vous l’aurez compris, « Le sourire des coquelicots » de Catherine Kessler commence tout juste une longue vie et je vous recommande vivement sa lecture vous ne serez pas déçu.

Mes Recensions de Livres BoD : La Mort ? Un Choix pour la Vie ! de Martine Luce Blot

« La Mort ? Un choix pour la Vie ! » Voilà un titre tout à fait optimiste pour un événement qui nous concernera tous un jour ou l’autre… Le sous-titre nous renseigne plus avant sur le contenu de l’ouvrage : « Du mourir en France aujourd’hui ».
L’auteure, Martine Luce Blot, a fait paraître son livre en avril 2016 aux éditions BoD(17,99) euros.
Books on Demand fait paraître tous les styles de littérature et il m’a plu de découvrir cet ouvrage un peu plus « sérieux » que ceux que je recense sur mon blog habituellement. Je l’ai trouvé passionnant et j’ai eu envie de vous en dire un peu plus…
La couverture, en noire et blanche est sobre mais illustre bien le thème… Cette rosace qui s’étend à l’infinie dans une lumière de plus en plus intense…
Comme le dit Martine Luce Blot à la fin de son introduction « apprivoiser l’idée que nous avons de la mort, pour laisser la vie battre son plein dans cet ultime instant en partage est le propos du livre »
Le parcours personnel de l’auteure est d’une grande richesse humaine (je vous laisserai le découvrir) et sa pratique professionnelle ainsi que ses études poussées n’ont fait que renforcer son expertise pour parler de ce sujet qui peu à peu est devenu « tabou » en France. On meurt à 80 % à l’hôpital ou dans une structure de soins en France aujourd’hui.
Martine Blot nous explique d’abord comment l’on se situe devant la mort dans nos sociétés occidentales. C’est à travers l’histoire qu’elle retrace cette « histoire de nos morts » : si celles-ci sont ritualisées et collectives, elles deviennent de plus en plus, à partir du 12iéme siècle sujettes à un individualismenouveau en se détachant progressivement d’une résignation « confiante et spontanée » comme l’écrit l’auteure, la volonté « d’être soi » émerge… Première partie que j’ai trouvée très pertinente. Puis, l’auteure expose quelques points de vue de philosophes. Ensuite on s’intéresse aux rituels funéraires et l’on se pose la question de ce qu’ils sont et de leur utilité.
L’occasion d’un voyage cette fois-ci dans l’espace de l’Asie en passant par l’Égypte pour revenir vers l’Europe. Ce n’est évidemment pas exhaustif mais cela aide à comprendre la diversité des situations culturelles.
Martine explore ensuite la situation en France : les rites que proposent les pompes funèbres et toutes les grandes religions ou courants religieux. Cela sera illustré par l’exposé de trois « hommes » (dommage que des femmes n’aient pas été interviewées aussi !) : un curé, un pasteur et un imam.
On repart ensuite pour une exploration de la mort dans les peuples traditionnels pour revenir à notre quotidien en France : la mort en milieu hospitalier : cette partie, très développée, est très instructive : les soignants qui manquent de temps, leurs vécus etc.
La seconde partie aborde le sujet passionnant des N.D.E., de la médecine et de la physique quantique face à l’au-delà. Les N.D.E., Martine connaît puisqu’elle-même en a fait l’expérience, elle les présente donc avec des mots qui « sentent le vécu ». Par contre l’existence de ce que l’on appelle les N.D.E. « négatives » n’est pas développée. On expose également les croyances d’une société ésotérique. De mon point de vue ce n’est pas trop le lieu pour ce dernier point dans ce livre mais je vous laisserai en juger par vous-même. En tout cas ce développement « gnostique » contraste avec l’écriture assez « objective » du reste.
Le dernier chapitre s’intéresse au monde animal : les animaux de compagnie dont la mort provoquera un chagrin et un deuil intense chez leurs maîtres et les animaux tués par milliers dans les abattoirs dans l’indifférence et l’assentiment de la société. Martine Blot, qui a dédicacé son ouvrage à ses parents à son compagnon mais aussi à ses deux chats ! semble très concernée par cette cause et elle a à cœur de nous l’exposer même si cela déborde un peu du sujet du livre.
Une analyse solide et documentée donc, intéressante comme tout et pas du tout « morbide » 🙂 ! Un livre vivant qui nous fait réfléchir sur les manières d’accueillir ce moment ultime de la vie qu’est la mort. Il vous aidera à comprendre ce qui se joue et comment vous pouvez vous aussi influencer les choses pour que la mort redevienne un moment de vie sans solitude et plus serein parce qu’il est entouré et porté par le sens que vous lui donnez… Et surtout par l’amour et l’attention que vous témoignez à celle ou celui qui s’en va…
Une lecture à recommander à toutes et à tous puisque nous sommes tous concerné(e)s ! Aussi bien à ceux qui ont peur de la mort qu’à ceux qui n’y pensent pas ou essaient tout du moins 🙂 ! Mais aussi à ceux qui ont des proches en fin de vie. Lire Martine Blot, c’est se donner les moyens de réfléchir à nouveau frais pour être plus serein et plus présent. En quelque sorte lire « La Mort ? Un choix pour la Vie ! » pour ne pas mourir « idiot »… !

Mes Recensions de Livres BoD : « une famille un monde » de Florain Antoine

Un récit de voyage ! Voici encore un genre nouveau à explorer dans ces recensions BoD. 

Le livre :
« Une famille un monde » de Florain Antoine édité chez BoD en novembre 2014, format carré, 280 pages, 23.99 euros.

Un belle couverture lumineuse mais on aurait tellement aimé y voir « la famille » du titre 🙂 ! On comprend néanmoins que ce voyage se fait à vélo 🙂 !
Le livre est très joliment illustré et abondamment de photos de très bonne facture ainsi que de cartes pour situer les points de progression.
En commençant le livre on découvre qu’en fait, il s’agit de la compilation d’un blog de voyage que Florian a tenu durant son périple qui réflexion faite, se fera essentiellement en Amérique latine avec un retour en cargo en passant par l’Afrique et l’Europe du nord.  C’est vrai qu’à part un photo « de loin » des quatre membres de la famille, le livre n’explique pas la genèse du voyage et ne décrit pas les voyageurs : on passe directement au récit. Pour en savoir un minimum, il faut lire la quatrième de couverture : Florain a voyagé avec sa femme Carine, et leurs deux filles Zoé, 8 ans et Mahaut, 2ans et demi durant un an. Ils ont parcouru plus de 10 000 km à vélo traversant la Cordillère des Andes de l’Equateur à la Patagonie.
Je vais, pour une fois, faire une recension bâtie sur la forme « les plus » , « les moins », je n’aime pas trop ce plan que je trouve binaire et un peu abrupt pour décrire un livre mais ici comme il s’agit plus d’une chronique style « blog » d’un récit de voyage et non d’un récit linéaire, ce sera bien adapté.
Alors LES PLUS !! d’abord et avant tout  🙂
– Style très clair, orthographe rien à redire, touches d’humours disséminées de-ci delà, c’est très appréciable à mon goût 🙂 !
Description efficace  et personnelle des pays rencontrés avec un souci de précision, des détails utiles, l’auteur a visiblement fait de gros efforts pour écrire « juste », il a travaillé son texte, a réfléchi, ce ne sont pas des notes éparses jetées en pluie sur le papier mais bien un souci de faire partager ce qu’il voit, ce qu’il traverse.
– Les photos illustrent bien les paysages traversées, elles ont été réalisées avec soin.
Equateur, Pérou, Bolivie, Argentine, Chili, Patagonie, Buenos Aires et « retour en cargo », voici les parties du livre : le schéma est limpide, on s’y retrouve.
– Des petites paragraphes de temps à autres qui abordent un point où le voyageur prend de la hauteur sur un sujet : « voyage et politique », « la pauvreté », « l’illusion du changement de soi » etc. : j’adore ! (cf mon article précedent).
– J’ai beaucoup aimé également la franchise de l’auteur qui écrit sans tabou : oui, notre démarche est égoïste, on voit la pauvreté mais on ne fait pas d’humanitaire, on passe… c’est un voyage « pour nous » avant tout. Oui, le voyageur connaît la routine (il le décrit très bien), si l’on part pour la fuir , l’on se trompe.
Les moins :
– Essentiellement, que le récit soit écrit uniquement par Florian (le point de vue de Carine aurait été si précieux et essentiel) et surtout le fait qu’il parle pratiquement toujours de la famille avec un « on » indifférencié ».
Les enfants, Florian en parle aussi mais très peu finalement : comment voyage-t-on  dans ces conditions avec un bébé de 2 ans et demi qui n’est pas encore propre, concrètement ?  Quelles réactions des enfants dans les galères  nombreuses, les heures sous la pluie à voir leurs parents souffrir en poussant leur engins les heures dans des bus ou à l’arrière de camions secoués de cahots ?  Enfin, j’ai été frustrée dans ce récit où sûrement par souci de protéger sa vie privée, Florian ne livre que des détails techniques sur les vélos mais surtout pas sur l’ambiance familiale ou alors vraiment très très à la marche (j’ai noté seulement un « on s’engueule » lors de la visite des « pères », c’est tout) . C’est un écueil majeur qui fait la différence avec un récit qui aurait sinon un véritable succès.

Florian décrit quelquefois quelques brides de vie des enfants (Noël par exemple) mais ne va pas jusqu’au bout du récit (qu’offre-t-on à ses filles à Noël alors que les sacoches sont pleines et qu’il ne faut pas alourdir le chargement ?)
Se remet-on en question si les enfants pleurent sont exténuées, demandent à aller à l’école ou à rester à un endroit ? Comment l’on gère la famille, les relations quotidiennes, faire jouer suffisamment les enfants, leurs donner des espaces « dédiés » pour eux… Enfin, tout cela aurait été passionnant… Et pour finir sur une note amusante : ce devait être Carine qui s’occupait de la lessive 🙂 ! Florian n’en parle jamais 🙂  Pourtant c’est toujours un souci omniprésent pour les voyageurs …

Un grand Merci à Florian donc pour ce beau récit mais 🙂

Allez Carine, Zoé, Mahaut, lancez-vous aussi 🙂 !  Ecrivez, dessinez ou dites votre propre  version d' »un monde, une famille » et refondez le tout avec celle de Florian en un seul grand et beau livre de voyage familial, je suis certaine qu’il aura un beau et grand succès 🙂  ce que vous avez vécu n’est pas banal, faites-nous en profiter aussi 🙂 !

Mes Recensions de Livres BoD : « Chrismas Pudding » de Céline Saint-Charle, un conte de Noël

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Noël ! Mais qu’est-ce que Noël ?  On fête la naissance de Jésus qui pour les chrétiens de toutes obédiences  est « Dieu ». Un Dieu tout Amour.   Dieu se faisant petit enfant, dépendant des hommes…. Noël c’est donc la fête de la fragilité, de la faiblesse, de la beauté et de l’Amour, quoi de plus beau et de plus dépendant qu’un nouveau-né ?


A Noël, les traditions font que l’on lit ou raconte des contes… C’est ce délicieux Conte de Noël de Céline Saint-Charle que j’ai choisi de vous donner envie de mettre au pied du sapin pour prolonger la magie de cette belle fête.

Regardons la couverture de ce tout petit livre de 72 pages au format poche publié chez BoD en juillet 2015, 5 euros. (ISBN 9782322037964) :

On s’attend à voir un magnifique « Chrismas Pudding »….

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Mais non, ce sont des coquillages ? voilà qui est mystérieux…. et qui brouille les pistes 🙂 !

L’histoire se passe dans une banlieue de Londres… Céline Saint-Charle, avec le talent qui la caractérise, va nous brosser un portrait « pris sur le vif » de quatre personnages : Devlin, Mary, Harry et Trevor.
Céline écrit avec précision, elle prend le style de ses personnages pour les décrire, elle se met dans leur peau et ainsi on les cerne directement, naturellement, avec bonheur. On a l’impression de les connaître depuis longtemps  dans la qualité des adjectifs, des descriptions et  des situations choisies.

Chrismas Pudding est un conte de Noël car les personnages sont fragiles et attachants. Ils ne sont pas ce que l’on appelle des « battants » à l’aune de la société productive et matérialiste. Ils sont différents et, en les découvrant au fil de la lecture, on se dit que oui, ce sont des personnes qui ont toute leur place dans la crèche, à côté des bergers, eux aussi pas très bien vus par la société….

En ce soir de Noël, on les voit évoluer, chacun(e)  : on s’émeut, on tremble, on s’attache…. jusqu’à ce que  la magie de leurs rencontres fasse éclater l’Amour… Ce conte est un hymne à la différence  et à l’attention à l’autre tel qu’il est… Devlin, le petit gamin « différent » en est le héros…. 

Voilà un conte de Noël vraiment réussi : ce ne sont pas les puissants et les forts qui sont mis à l’honneur mais ceux qui avec ce qu’ils sont, leurs fragilités et leurs faiblesses, brillent comme les étoiles dans le ciel de cette nuit particulière…

Achetez vite « Chrismas Pudding », c’est un cadeau à offrir à toutes et à tous car il remet « l’humain » à sa juste place, un vrai plaisir et  en plein de l’esprit de Noël. Comme les papillotes pour notre palais,  ce sera la gourmandise de notre esprit et de notre cœur pour les fêtes 🙂 !

Mes Recensions de Livres BoD : « Fleurs à aubépines » de Nathalie Morgado

Fleurs à aubépines
















Aujourd’hui, j’explore un nouveau genre dans ces recensions et je vous emmène donc volontiers dans mes pérégrinations littéraires…


Nathalie Morgado nous offre une pièce de Théâtre contemporaine : « Fleurs à Aubépines » parue chez BoD en Mai 2015 en format poche, 160 pages. (8,50 euros).

Depuis les « femmes savantes », « Andromaque » ou « le Cid », je dois dire que je ne lis pas très souvent des pièces de Théâtre. Dans mon esprit, les pièces de Théâtre sont faites pour être vues ou jouées… Mais, pourquoi pas ? Cette couverture toute blanche, très sobre, attire par sa simplicité. Je m’apercevrais vite qu’elle est comme un pied de nez à la noirceur de la pièce.

 Me voilà curieuse d’autant plus que le thème de la pièce est un drame très glauque : famille complètement dysfonctionnelle  avec tous les ingrédients possibles de la  déviance et de la misère : alcool, sexe, maltraitance enfantine psychologique et sexuelle..

Si l’auteure renseigne au début les lecteurs en leur disant que la pièce doit être jouée par des adultes même si la majorité des personnes sont des enfants,  ce n’est pas pour rien. Elle explique qu’ainsi ils pourront se reconnecter avec leur « enfant intérieur ». Mais pour moi, cette pièce ne s’adresse pas du tout à des enfants, laissons les rires avec « Guignol » et plongeons entre adultes ou grands adolescents dans ce drame qui aborde un sujet que le théâtre, même contemporain, ne traite que rarement.

Cindy, mère de 4 enfants vit dans une sorte de taudis (l’auteure décrit précisément la mise en scène de la pièce, très en désordre et sale). Elle ne s’occupe pas de son bébé, son dernier fils, Kevin, qui est même installé dans un tiroir de la commode. Cindy passe son temps à boire et à regarder des séries sur internet. Ses 3 autres enfants, May l’ainée, Théa et Lili la benjamine sont des filles que nous verront évoluer au fil du drame en fonction de leurs réactions aux blessures et aux traumatismes subis. La sœur de Cindy, Katia, semblant plus évoluée que sa sœur mais tout aussi dysfonctionnelle part d’autres aspects, donne la réplique à ce huis clos dévastateur.
On apprend que le père, Mathieu, qui entre en scène, doit se marier avec une adolescente de seize ans, Lisa, qu’il a séduite à 13 !  le ton est donné… dès la première scène...

Vous en saurez évidemment plus en lisant la pièce mais vous serez plongé dans cette ambiance complètement dysfonctionnelle et folle. Je me dis que cette pièce peut être une occasion d’explorer ses limites émotionnelles de jeu pour des personnes qui prennent des cours de théâtre. Se mettre dans la peau de tous ces personnages doit être une expérience vraiment intéressante dans le jeu théâtral.
De même, pour des personnes qui explorent leurs personnalités en développement personnel, la pièce peut présenter l’intérêt d’être un support qui dit ce que l’on ne peut dire tellement c’est déviant ou fou.

Un moment fort : le personnage de Lisa qui se lance dans une  très longue tirade en faisant marchant dans la pièce de long en large, dans une sorte de dédoublement démoniaque de personnalité. On baigne dans un jeu mêlant les réactions des enfants dont on ignore l’âge précis, les élucubrations du père perdu dans son plaisir et sa quête de liberté et les états d’âme bien abîmés de de Cindy et de l’adolescente Lisa.

Mon regard d’auteure ? La pièce est bien écrite, les situations et les sentiments bien notés en italique tout en laissant souvent une part à l’improvisation. Nathalie Morgado écrit avec aisance, il n’y a pratiquement pas de coquilles. Ce qui ne cadre pas, ce sont certaines  expressions ou manières de s’exprimer dans ce milieu où la pauvreté culturelle règne. En d’autres termes, l’auteure donne à ses personnages un langage ou des manières de s’analyser trop élaborés pour ceux que l’on comprend d’eux. J’aurai vu un langage cru, une pauvreté de vocabulaire, des insultes ordurières et des réactions de certains enfants beaucoup plus primaires.

C’est vrai que lire une pièce si glauque avec un langage approprié à ces situations extrêmes  ou avec des paroles très monosyllabiques des personnages seraient probablement trop. Les mots disent les maux et l’on ne peut pas reprocher à Nathalie Morgado d’avoir voulu le traduire. On sent qu’elle explore aussi la manière de réagir des personnages en face de la maltraitance sous toutes ses formes : la résilience, (Théa), la fuite dans la maladie mentale (Lili). La fin est surprenante, un peu « trop » mais tout dans cette pièce est « trop » finalement  🙂 !

Lisez-vous même cette pièce de théâtre, vous vous ferez votre propre idée et je vous la recommande surtout si vous faites partie d’un groupe de théâtre ou que vous vous intéressez aux thèmes difficiles abordés par la pièce. Et merci à Nathalie Morgado d’avoir osé les explorer.