Mes Recensions de Livres BoD : “Fleurs à aubépines” de Nathalie Morgado

Fleurs à aubépines
















Aujourd’hui, j’explore un nouveau genre dans ces recensions et je vous emmène donc volontiers dans mes pérégrinations littéraires…


Nathalie Morgado nous offre une pièce de Théâtre contemporaine : “Fleurs à Aubépines” parue chez BoD en Mai 2015 en format poche, 160 pages. (8,50 euros).

Depuis les “femmes savantes”, “Andromaque” ou “le Cid”, je dois dire que je ne lis pas très souvent des pièces de Théâtre. Dans mon esprit, les pièces de Théâtre sont faites pour être vues ou jouées… Mais, pourquoi pas ? Cette couverture toute blanche, très sobre, attire par sa simplicité. Je m’apercevrais vite qu’elle est comme un pied de nez à la noirceur de la pièce.

 Me voilà curieuse d’autant plus que le thème de la pièce est un drame très glauque : famille complètement dysfonctionnelle  avec tous les ingrédients possibles de la  déviance et de la misère : alcool, sexe, maltraitance enfantine psychologique et sexuelle..

Si l’auteure renseigne au début les lecteurs en leur disant que la pièce doit être jouée par des adultes même si la majorité des personnes sont des enfants,  ce n’est pas pour rien. Elle explique qu’ainsi ils pourront se reconnecter avec leur “enfant intérieur”. Mais pour moi, cette pièce ne s’adresse pas du tout à des enfants, laissons les rires avec “Guignol” et plongeons entre adultes ou grands adolescents dans ce drame qui aborde un sujet que le théâtre, même contemporain, ne traite que rarement.

Cindy, mère de 4 enfants vit dans une sorte de taudis (l’auteure décrit précisément la mise en scène de la pièce, très en désordre et sale). Elle ne s’occupe pas de son bébé, son dernier fils, Kevin, qui est même installé dans un tiroir de la commode. Cindy passe son temps à boire et à regarder des séries sur internet. Ses 3 autres enfants, May l’ainée, Théa et Lili la benjamine sont des filles que nous verront évoluer au fil du drame en fonction de leurs réactions aux blessures et aux traumatismes subis. La sœur de Cindy, Katia, semblant plus évoluée que sa sœur mais tout aussi dysfonctionnelle part d’autres aspects, donne la réplique à ce huis clos dévastateur.
On apprend que le père, Mathieu, qui entre en scène, doit se marier avec une adolescente de seize ans, Lisa, qu’il a séduite à 13 !  le ton est donné… dès la première scène...

Vous en saurez évidemment plus en lisant la pièce mais vous serez plongé dans cette ambiance complètement dysfonctionnelle et folle. Je me dis que cette pièce peut être une occasion d’explorer ses limites émotionnelles de jeu pour des personnes qui prennent des cours de théâtre. Se mettre dans la peau de tous ces personnages doit être une expérience vraiment intéressante dans le jeu théâtral.
De même, pour des personnes qui explorent leurs personnalités en développement personnel, la pièce peut présenter l’intérêt d’être un support qui dit ce que l’on ne peut dire tellement c’est déviant ou fou.

Un moment fort : le personnage de Lisa qui se lance dans une  très longue tirade en faisant marchant dans la pièce de long en large, dans une sorte de dédoublement démoniaque de personnalité. On baigne dans un jeu mêlant les réactions des enfants dont on ignore l’âge précis, les élucubrations du père perdu dans son plaisir et sa quête de liberté et les états d’âme bien abîmés de de Cindy et de l’adolescente Lisa.

Mon regard d’auteure ? La pièce est bien écrite, les situations et les sentiments bien notés en italique tout en laissant souvent une part à l’improvisation. Nathalie Morgado écrit avec aisance, il n’y a pratiquement pas de coquilles. Ce qui ne cadre pas, ce sont certaines  expressions ou manières de s’exprimer dans ce milieu où la pauvreté culturelle règne. En d’autres termes, l’auteure donne à ses personnages un langage ou des manières de s’analyser trop élaborés pour ceux que l’on comprend d’eux. J’aurai vu un langage cru, une pauvreté de vocabulaire, des insultes ordurières et des réactions de certains enfants beaucoup plus primaires.

C’est vrai que lire une pièce si glauque avec un langage approprié à ces situations extrêmes  ou avec des paroles très monosyllabiques des personnages seraient probablement trop. Les mots disent les maux et l’on ne peut pas reprocher à Nathalie Morgado d’avoir voulu le traduire. On sent qu’elle explore aussi la manière de réagir des personnages en face de la maltraitance sous toutes ses formes : la résilience, (Théa), la fuite dans la maladie mentale (Lili). La fin est surprenante, un peu “trop” mais tout dans cette pièce est “trop” finalement  🙂 !

Lisez-vous même cette pièce de théâtre, vous vous ferez votre propre idée et je vous la recommande surtout si vous faites partie d’un groupe de théâtre ou que vous vous intéressez aux thèmes difficiles abordés par la pièce. Et merci à Nathalie Morgado d’avoir osé les explorer.





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