Question pour les auteur(e)s : faut-il écrire des séries ?

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Ecrire des séries
 
Faut-il écrire des séries lorsque l’on est auteur(e) ?
Voilà une question que beaucoup d’écrivains et de romanciers, même modestes,  se posent un jour ou l’autre… Mais avant de tenter d’y répondre, il faut sans tarder, définir ce qu’est une “Série” en disant d’abord ce qu’elle n’est pas :
 
Une Série n’est pas un feuilleton :
Lorsque que l’on publie sur son blog (comme Jean-Philippe pour le tome 1 de “la Femme sans peur” par exemple), sur un site dédié ou sur un e-book des petits bouts d’histoires de quelques pages (certaines font tout juste 1500 signes) chaque semaine ou chaque mois, cela s’appelle un feuilleton, pas une série. Du temps où le journal était roi, il y avait dans tous les journaux des “feuilletons” que l’on suivait avec délectation dans les chaumières.
 
Une série n’est pas une “Saga” ou une “Suite Romanesque” :
Prenons “Les Thibault” de Roger Martin du Gard (tout le monde les a lus au moins ? 🙂 ), il ne s’agit pas d’une série mais d’une vaste suite romanesque. Les personnages évoluent au fil du temps, vieillissent, meurent pour certains. C’est, en fait, un seul et immense roman qui fait 8 volumes.
 
Mais alors c’est quoi une Série ?
Et bien ce sont des romans (de différents genres) que l’on peut lire indépendamment les uns des autres mais qui présentent la caractéristique d’avoir toujours les mêmes personnages comme héros. Ces personnages ne vieillissent pas, ils sont toujours les mêmes avec les mêmes caractéristiques de caractère, de façon de vivre, d’habillement etc.
 
Quelques exemples :
La série des “Six Compagnons” de Paul-Jacques Bonzon avec 38 romans pour la jeunesse en est un exemple type. Vous vous rappelez de “Oui, Oui”, “Martine”, “Alice”… Toutes des séries pour enfants, idem.. C’est vrai que le livre jeunesse se prête vraiment à ce genre de littérature : allez dans un supermarché au rayon jeunesse, vous y trouverez plein de séries adaptées à chaque âge et à chaque passion (le cheval, la médecine, la beauté etc.). Les enfants s’identifient à leur héros ou héroïne préféré(e), c’est souvent pour eux très important.
Pour les adultes, “Millénium” de Stieg Larsson,  est-ce une série ? C’est une “mini” série que l’on appelle une “Trilogie” car elle comporte trois volumes avec trois histoires différentes.
Entre parenthèse, je détesterai en tant qu’auteur(e) qu’une personne continue mes romans alors que je ne suis plus de ce monde… (cf Millénium 4 à paraître bientôt). Mais les lois du marché sont impitoyables : cela rapporte donc il faut continuer peu importe si l’auteur se retourne dans sa tombe!
Alors cher(e)s ami(e)s auteur(e)s, qui êtes peut-être amené(e)  à devenir célèbre, sait-on jamais ?  Précipitez-vous chez votre notaire préféré pour y coucher sur votre testament que vous ne souhaitez pas que quelqu’un reprenne vos personnages pour continuer “Votre” œuvre  quand celle-ci passera dans le domaine public ou que vos héritiers auront flairé le bon filon pour passer leur vie dans l’oisiveté 🙂 !
Bon, fermons cette parenthèse complètement hors sujet…
 
Hercule Poirot et Miss Marple d’Agatha Christie sont des héros de séries : une intrigue policière différente mais un même personnage pour résoudre l’énigme : qui est le meurtrier ?
 
Pour les adultes, le genre policier semble le plus adapté aux Séries.
 
Bon, maintenant que l’on sait de quoi l’on parle, revenons à la question : faut-il écrire des Séries ?
 
Le Pour : 
 
– Vous est-il arrivé à la fin d’un roman de ne pas vouloir “lâcher” vos personnages, votre héros ou votre héroïne? Vous l’avez tellement cerné(e) dans sa psychologie, dans ses qualités, ses défauts, vous le ou la connaissez comme si vous l’aviez fait 🙂 ! Vous l’aimez à la folie ! Alors, le laisser partir pour créer un autre héros ? Vous ne pouvez vous y résoudre. Vous décidez alors d’écrire une autre histoire avec le ou les mêmes personnages. La série commence…
– Vous aimez particulièrement développer des intrigues mais pas franchement mettre en place une série de personnages… Cela vous gonfle, vous aimez l’action et pas la psychologie… Vous le faites donc une fois pour toute dans le premier tome de la Série et vous vous éclatez ensuite en développant des péripéties toutes les plus tordues les unes que les autres en sachant qui va les résoudre…
– Vous êtes particulièrement narcissique et le héros de vos romans vous ressemble tellement ! Vous ne voulez pas vous quittez vous-même et donc vous décidez que vous serez le héros (ou l’héroïne) de toutes vos fictions… Un genre de Série : “Moi-même et moi”… (bon, après pour la célébrité dans ce cas… je sais pas…).
– Votre premier livre a bien marché, votre éditeur ou vos lecteurs vous demandent la suite, une autre épisode : parce qu’il faut bien manger ou parce que vous êtes tout dévoué(e) à votre lectorat, vous commencez à écrire un deuxième tome alors que cela ne vous avez pas effleuré au départ…
 
Le Contre :
 
– Votre roman est fini mais votre imagination débordante vous emporte déjà vers d’autres rivages : explorer d’autres mondes de fiction, d’autres genres, d’autres contrées, d’autres contextes.. Pour vous, la Série, c’est un pensum…vous n’êtes pas fait pour..
– Ce qui vous intéresse en écrivant c’est de développer les personnalités de vos personnages, de les voir évoluer, d’en créer d’autres très différents.. la Série vous paraitra aussi rébarbative…
– Pour vous écrire, c’est d’abord inventer du neuf : alors reprendre un personnage que l’on a déjà fait ? Ce n’est pas pour vous non plus…
– Votre éditeur ou votre lectorat vous demande d’autres épisodes : vous refusez tout net : votre chef-d’œuvre sera unique : vous êtes la femme ou l’homme d’un seul livre…
 
Bon, vous attendez peut-être mon opinion personnelle ? Et bien, c’est vrai que après l’écriture de mon Thriller religieux “In manus tuas Domine…” l’idée m’a effleurée de faire un autre tome avec le frère Benoit-Olivier, mon héros, on s’entendait bien tous les deux finalement… Mais j’ai renoncé très vite, cela m’aurait paru trop restrictif d’écrire une histoire en ayant déjà le personnage, je me serai un peu ennuyée.
 
Pourtant, j’ai bien écrit une Trilogie jeunesse ? (Farid, la Trilogie) Une “mini-série”  avec trois tomes ? c’est vrai, mais là, j’étais poussée par mon lectorat : des enfants qui me réclamaient ” la suite, la suite !….” et là, je n’ai pas pu résister, c’était impossible… J’ai d’ailleurs l’idée d’une quatrième histoire dans la tête… Peut-être un jour , on ne sait jamais, cela pourra être plaisant de revenir à ses premiers personnages…
 
Et vous alors ? Série ou pas ? je serai heureuse de connaître vos manières d’écrire et vos souhaits en la matière… Vous pouvez laisser un commentaire sur ce blog ou réagir sur FB comme d’habitude… 

6 réflexions sur “Question pour les auteur(e)s : faut-il écrire des séries ?”

  1. Bravo pour ton article qui balaye les genres et les repositionnent… Même si je ne suis pas arrivé à me positionner dedans 🙂 Fait-on une série quand on rédige des histoires indépendantes (en livre pour les longues ou en blog pour les courtes) qui ont pour point commun "une entité" (le MI6 dans mon cas) et dont les personnages se croisent mais ne partagent pas forcément tous les mêmes aventures ? Je suis devant un grand dilemme, fais-je une série ou pas 🙂 Trêve de plaisanteries, joli travail. Merci pour ces éclaircissements.

  2. Merci Anto Sass, moi, je pencherai pour la série dans ton cas quand même non ? puisqu'il y a toujours la même "entité" dans chaque livre, c'est le point commun de la série…à bientôt ! isabelle

  3. Isabelle Desbenoit, votre billet a le mérite de poser un certains nombre de questions. Outre le fait que vos cadres me semblent un tantinet restrictif, vos définitions enferment les auteurs dans l’un ou l’autre et je pense que c’est une erreur.Je pense à Simenon, qui écrivait simultanément des romans (dont certains seraient qualifiés aujourd’hui! de nouvelles) et les "aventures" de Maigret, donc série selon votre définition. Pour dire qu'un auteur peut écrire en même temps, une série, un feuilleton et un roman "unique". reste à définir le mot "série" : qu'est qu'une série sinon une suite d'éléments ayant des points communs, dans le cas qui nous occupe : soit une suite à l'histoire, soit des histoires avec des personnages récurrents. mais dans tous les cas, on ne parle que de la forme, et, par ailleurs, le mot "feuilleton" n’est plus que très rarement utilisé aujourd’hui. Sur une autre de vos définitions, me viennent à l'esprit des auteurs tels que Dona Leon, Arnaldur, Ed Mc Bain qui ont écrit des séries où les héros vieillissent. Il y en a d’autres…Vous dites :« – Vous êtes particulièrement narcissique et le héros de vos romans vous ressemble tellement ! » : oui dans chaque personnage d’un livre, il y a l’auteur, cela ne veut pas dire qu’il est narcissique, juste qu’il a des choses à dire et que (peut-être ?) si son histoire se perpétue, c’est parce que l’auteur n’a pas tout dit et… pourquoi ne le dirait-il pas ?Dans chaque livre, chaque histoire, il y a une part de l’auteur, que ce soit en adéquation avec le, ou a contrario du, comportement des personnages.Vous mettez en parallèle l’action et la psychologie avec la série et le livre unique. Sur ce point, je ne suis pas d’accord avec vous, mais ça n’est que mon avis…Sur un des points, je suis d’accord avec vous : on croit parfois faire plaisir au lectorat. Or, il n’y a rien de moins fidèle qu’un lectorat…Enfin j’ai bien lu et compris que vous êtes partie de votre expérience personnelle pour écrire ce billet, mais il ne me semble pas applicable à tous les auteurs. On peut avoir envie de « vivre » encore quelques années avec un personnage ; on peut avoir envie d’en tuer d’autres parce qu’ils nous bouffent. Dans tous les cas, c’est l’auteur qui est maitre de ses choix, et les meilleurs (choix) n’entrent pas forcément dans le cadre que vous donnez.Catherine

  4. Bonjour Catherine,Merci beaucoup d'avoir pris la peine de lire cet article et d'y répondre de manière détaillée. Vous avez bien raison de soulinger qu'un auteur est totalement libre d'écrire des séries ou pas ou autre chose, simultanément ou pas… c'est d'ailleurs évident non ? (mon exemple est d'ailleurs parlant : j'ai écrit des romans, une trilogie et aussi suis publiée en feuilleton 🙂 ! : donc je vous rejoins là-dessus, totalement. L'écriture est complètement libre… j'ai mis "pour" et "contre" sans stipuler que l'on devait être forcément dans l'un ou l'autre catégorie 🙂 ! Pour l'auteur qui se prend lui-même pour le héros, c'est quand même rare… 🙂 ! et c'était un trait d'humour, j'ai l'impression que vous ne l'avez peut-être pas perçu ? Mais ce n'est pas grave, je comprends ce que vous voulez dire : vous mettez peut-être beaucoup de vous-même dans votre héros et c'est tout à fait respectable (mais le héros n'est pas "vous", c'est un fiction..)Pour le mot "feuilleton", il reste très actuel, peut-être ne l'utilisez-vous pas vous-même ? (essayez alors de l'utiliser dans le cadre audiovisuel : "un feuilleton télévisé", cela vous parle plus ?)Pour le lectorat, vous pensez qu'il n'est pas fidèle : là, je ne suis pas trop d'accord… Pourquoi serait-il infidèle si ce sont des personnes qui aiment lire et qui apprécient votre prose ?un très grand merci Catherine pour votre intéressante contribution et à bientôt,isabelle

  5. Bonjour Isabelle et merci pour cet article qui me parle. Lorsque j'ai écrit mon roman, j'avais tellement d'idées que je me rendais bien compte que je ne pouvais pas toutes les organiser et que je devais faire des choix, j'ai donc (à regret) tué certains personnages et retiré certains chapitres qui sont toujours dans mon disque dur. Mon roman forme un tout mais est destinée à se poursuivre, non pas par appât du gain mais parce que cela m'est vital. Je ne peux pas abandonner mes personnages maintenant que je les ai mis dans le pétrin, ce serait tout simplement injuste envers eux. Ils vivent en moi depuis des années et comme le souligne Catherine, il y a de moi un peu partout mais certainement pas que dans l'héroïne. Je vous invite à parcourir le site dédié au roman et au processus de création par lequel il est passé, c'est un peu le roman dans le roman. Voici le lien: http://celinebarre.wix.com/quel-petrin Je vous souhaite une bonne journée. Céline

  6. Bonjour Céline,Merci pour ton commentaire. Effectivement, le processus d'écriture peut être foisonnant 🙂 et chaque auteur(e) s'organise avec les personnages qui surgissent dans son imagination alors bonne suite surtout que tous puissent avoir leur place dans tes écrits 🙂 ! à bientôt,isabelle

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