Auteur(e)s d’aujourd’hui : faut-il adopter un style d’écriture « à la mode » ?

Auteur(e)s d’aujourd’hui : faut-il adopter un style d’écriture « à la mode » ?

Les fêtes approchent, je n’ai pas résisté à illustrer cet article avec cette magnifique boule givrée.. qui n’a rien à voir avec le sujet de cet article mais elle est si jolie 🙂 !

Cette semaine un article dans un hebdomadaire faisait le constat que le passé simple n’était plus enseigné (hormis la troisième personne en primaire) et vu seulement en troisième ! C’est une réforme de 2016, je crois qui le demande…

Ainsi, les élèves doivent lire des textes où l’on emploie le passé simple sans l’avoir appris… Je subodore que c’est pareil pour l’imparfait du subjonctif…

J’avais déjà parlé du SEO (la manière de référencer les textes sur le net) qui demande des phrases courtes. Nombre d’éditeurs préfèrent des textes « grand public » avec des phrases courtes et un vocabulaire très courant.

Il faut que les textes soient « vendeurs » et compréhensibles par toutes et tous…

Oui, mais enfin, on n’est pas en train d’appauvrir notre langue là ?

L’exemple qui circule régulièrement sur le net, ce sont les fameux romans d’aventures pour enfants « club des cinq » qui ont été réécrits en « langage courant » et bien sûr le passé simple a disparu. Pauvre Enid Blyton… Pourquoi oser changer le style d’un auteur(e)  jeunesse et pas d’un auteur(e) pour adultes ? Je trouve cela effroyablement irrespectueux, et inamissible en prenant les enfants pour des imbéciles … 

Si les enfants lisent régulièrement et sont entraînés à la lecture, ils n’ont absolument aucun mal à lire les « club des cinq » dans leur version originale…

Cher (e) s ami(e)s auteur(e)s qui aimez les belles lettres, les mots et leur diversité, leur élégance, vous qui cherchez et trouvez le mot juste même si celui-ci ne fait pas partie des deux cents mots qu’il faut pour se faire comprendre dans la vie courante, vous qui aimez décrire des endroits, des émotions, des situations avec des mots évocateurs, préparez-vous, à être « réécrit » ! Votre langage n’est plus accessible, votre vocabulaire trop compliqué… !!

Quels seront les prochains temps, jugez trop élitistes, que l’on apprendra plus aux enfants ? Finiront-ils avec le présent pour seul bagage ?

Et si l’on réagissait, si les auteur (e) s refusaient ces « coupes » de mots jugés « trop difficiles » ou ces phrases trop longues. Et si l’on faisait le pari que nos enfants, même s’ils ont des tablettes et des smartphones, peuvent aussi se laisser emporter par un style qui ne satisfait pas au diktat de la mode : phrases courtes, langage très courant ?

Non, il n’y a pas 200 mots dans la langue française mais environ 32 000 !

Voilà quelques lignes pour vous interroger, cher(e)s auteur(e)s d’aujourd’hui, débutants ou confirmé(e)s, sur votre manière d’écrire…

Pour moi, bien humblement, j’avoue : oui, j’emploie encore le passé simple, j’allais dire assez « naturellement » dans mes récits au passé et si mon vocabulaire est limité, je cherche sans cesse à l’enrichir et je n’en prive pas mes lecteur(e)s. J’adore d’ailleurs lire des livres au vocabulaire et au style riches et je suis tellement contente de découvrir certains mots que je ne connais pas encore !

Nos enfants ne pourraient-ils plus apprendre notre langue comme nous nous l’avons appris avec tous ses temps et tous ses mots ? Pour quelle raison ?

Regardez par exemple, cette autre langue qu’est la musique : va-t-on supprimer des notes parce que le solfège est trop compliqué ? Supprimer le DO et le FA pour simplifier ?

Et puis en maths, on pourrait aussi supprimer deux ou trois chiffres pour simplifier aussi ? Le 4 et le 8 ?

« Ce qui se conçoit aisément s’énonce clairement » : encore faut-il avoir les mots pour le dire et les avoir appris ! « tout est langage »

Allez à vous la parole sur ce blog en commentaire ou sur FB ! Avec les mots et les temps que vous voudrez;) !

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Comments

  • Villeneuve jean pierre

    26 décembre 2017 at 7 h 05 min

    En ce qui me concerne, on m’avait effectivement prévenu d’introduire des mots d’un langage convenu, châtié, qui ne fasse pas intello pour cette seule cause.
    Cet article m’ouvre les yeux sur cette presque censure de ce qui nous était appris du temps où la culture et le français revenais en grave après des tentatives d’étouffer « la culture » au détriment d’un réalisme presque économique.
    Même si mon roman reste très accessible, j’ai eu la surprise dernièrement d’avoir le retour d’une lectrice qui me disait qu’elle lisait mon livre … Avec le Larousse à côté d’elle…

  • Elen Brig KORIDWEN

    14 mars 2018 at 20 h 33 min

    J’adhère totalement, et pas seulement parce que, imprégnée de lectures, je suis arrivée à l’école pratiquant le passé simple en toute innocence. Le lundi matin, je débarquais dans la cour de récréation et racontais à mes camarades « hier, nous allâmes à la place et nous construisîmes un château de sable… » Cela dit, j’ai vite compris qu’il fallait me convertir au passé composé, sous peine d’être changée en tête de Turc ! Mais vous avez raison, nos enfants s’adaptent très bien, et tirer le niveau vers le bas n’est qu’un racolage démagogique aux funestes conséquences. Merci pour ce billet que je découvre tardivement.

    • Isabelle

      31 mars 2018 at 23 h 27 min

      Bonjour Elen,

      Désolée, d’avoir vu tardivement (moi aussi 😉 !)votre commentaire, je vous en remercie. Il me semble qu’apparemment, les choses évolues et que le passé simple va être de nouveau enseigné ! c’est une excellente nouvelle…

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