À quand une librairie équitable et bio ?


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À quand une librairie équitable et bio ?

— Non, mais tu sais, moi, c’est fini, mon café, je l’achète avec le commerce équitable : je préfère mettre 3 euros de plus et savoir qu’en famille en Bolivie va pouvoir manger et vivre correctement à cause de moi. Je crois qu’à un certain moment, il faut faire des choix. Je boycotte aussi les magasins de vêtements qui exploitent des travailleur(e)s dans des pays pauvres.

— Et tes livres, tu les achètes où ?

— Sur Amazon bien sûr, il n’y a pas de frais de port ! Je vais voir chez mon libraire du coin, je feuillette et puis, rentré chez moi, je commande ce que j’ai repéré en ligne…

Cherchez l’erreur… !

Moi qui suis auteure, j’ai malheureusement souvent rencontré cette situation : je discute avec une petite libraire sympa et passionnée chez qui je fais une dédicace et  qui va devoir mettre la clé sous la porte faute de rentabilité suffisante, elle ne se paie plus depuis 2 ans et cela devient impossible, elle a une famille à nourrir.

Il faut savoir que les librairies indépendantes sont statistiquement les commerces les moins rentables (avant-dernier avant les merceries !) . Cela n’a rien à voir avec les commerces de lunettes, par exemple, qui sont tout en haut de la liste.

D’un autre côté, j’entends des auteur(e)s qui se plaignent de n’avoir que des miettes de droit d’auteur(e)s à condition qu’on leur verse ! 5% au maxi 10% alors que c’est elles et eux qui ont écrit le livre.  Quand on sait que les tirages moyens sont de 500 ou 600 exemplaires… Attention, je ne dis pas les ventes !! Car, on aura, avec le ballet des « offices, » au moins 30% de pilon … La surproduction est là : 200 livres sortent PAR JOUR (sans compter les autoédité(e)s !!)  autant dire que l’auteur(e) travaille pour la gloire…

Je réponds à cet ami  qui me parle de son café équitable bolivien :

— Tu sais, tu peux aussi avoir un comportement « équitable » pour une famille de libraire français ! Et si tu tiens absolument à acheter en ligne, il y a nombre de sites de libraires indépendants chez qui tu peux le faire. https://www.librairiesindependantes.com/  par exemple, mais il y en a d’autres ! Seulement, oui, tu vas payer 3 euros de frais de port… Comme pour ton café …  et tu paieras aussi la famille de postier(e)  ou livreur(e) qui fera le travail de transport du livre… Aider une famille bolivienne avec un logo « commerce équitable », cela te parait juste mais une famille française de libraires ! Cela fait quand même moins « équitable » et pourtant c’est exactement la même chose.  Tu noteras que ni le café, ni le livre ne sont indispensables à la vie, mais ce sont des petits plaisirs tellement vitaux en même temps !

Veux-tu que les libraires des petites villes ou des quartiers disparaissent tous ? Remplacé(e)s par des chaines de vêtements à bas coûts fabriqués par des enfants ou des travailleur(e)s exploités ?

Alors, ce serait quoi alors une librairie équitable et bio ?

Une librairie où chacun gagne son pain, où le bilan carbone (logistique des livres, pilon) serait réduit au minimum… Pourquoi pas une impression sur place avec du papier recyclé qui n’abat pas les arbres de la forêt amazonienne ? Avec un  bon stock dans les rayons évidemment… Sinon, ce ne serait plus une librairie !

Cela donnerait donc un prix du livre qui se répartirait équitablement entre l’auteur(e) (30%), le libraire (30%) et l’éditeur (20%), le restant allant à l’achat de la machine à imprimer qui est très onéreuse. Il peut aussi ne pas y avoir d’éditeur du tout car l’auto-édition serait également bien présente dans les rayons  à égalité avec les livres d’éditeurs : des livres choisis avec soin par le libraire dont c’est le métier. On proposerait au personnel du distributeur de se reconvertir dans l’entretien des  machines  ou leur fabrication … On garderait la diffusion et un  petit nombre de « repré » qui seraient directement employé(e)s par un groupe d’éditeurs, réduisant les coûts.

Un lieu de rencontres et d’échanges conviviaux, avec des dédicaces, des rencontres. Et, comme pour les restaurants solidaires, non pas un frigo de nourriture donnée, mais une étagère réservée aux livres gratuits où les clients apporteraient ceux qu’ils ont envie de donner pour les personnes qui n’ont pas le budget pour en acheter…

On pourrait même peut-être y boire un café équitable de Bolivie 😉 ? Pourquoi pas ?

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